Le 24 mai 2011, le poème « Du rythme » eût pu être une accumulation d’idées de poèmes à faire : ponctuation + intensité + langues anciennes + tension + blocs + prose + coq-à-l’âne + cadratin + complexité + nœuds + citation + mots-outils + marmonnements mammaires + livres + langue + énergie + rhétorique + néologisme + baroque-maniérisme ; et comme en atelier d’écriture, faire « Du rythme » un exercice de fabrication et de composition avec pour consigne d’imposer les 19 termes dans le poème ( : l’écriture du poème est un travail d’application de consignes personnelles élaborées par tout poète d’aujourd’hui au fil du temps et de sa réflexion sur sa façon, et que consciemment il établit et pose comme règles qu’il aime à caresser de la pensée travailleuse : ainsi, quelques mots au total de 19 eussent pu figurer comme pièces maîtresses et charnières du poème à fabriquer que le poète aurait modelé de ses yeux manuels). Mais il y renonce ; le poète travaille sans cesse ses renoncements.
Blog créé pour et autour de la Résidence de Jean-Pascal Dubost, auteur, aux Rias, dans le cadre du projet "Du recueil de mémoire à l'écriture transmedia" cf message "Rêverie au travail". Ce blog est considéré par son auteur comme un passage intermédiaire ; comme le brouillon public entre le brouillon manuscrit du carnet et le livre papier à venir.
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mercredi 14 septembre 2011
vendredi 9 septembre 2011
Le 20 mai 2011, le poète ne peut nier qu’il éprouve quelques difficultés à écrire « Du rythme », pour la raison certaine qu’il n’est pas dans le rythme, qu’il manque d’énergie rythmique, d’allant volontaire, et ce, malgré de multiples lancements, de multiples angles d’attaque, de multiples essais, parce que faillance de réflexion sur le sujet maintenant : il faut aller quérir ce qui reste lointainement accumulé, s’inquiéter de l’ouverture qui donnera autant le là que le la : faire du rythme la voix de l’Être-là-à-venir en vaillante opposition à l’Être-disparaissant. Les starting-blocks (recomm. offic. blocs de départ) de la voix sont mal calés. Le rythme favargie l’être de langue. Se vouloir voix ; une voix de l’écrit, la voix fait l’Être (le reste, le socio-être, n’est que de la vie humaine) ( :::: être humain n’est rien) ( !!! Le poète, à cet instant, risque de s’attirer un certain nombre de foudres de guerre voire se voir objet de vindicte ou de sarcasmes ♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪) (Cela lui chaut-il ?) « Le rythme est le mouvement de la voix dans l’écriture. Avec lui, on n’entend pas du son, mais du sujet » (Henri Meschonnic, La Rime et la Vie) Il est 10 : 17, à la droite de la main écrivant dans le carnet sont empilés Petits traités de Pascal Quignard, Être et Temps de Martin Heidegger et La Rime et la Vie de Henri Meschonnic ; le poème n’a pas été écrit ; mais tout n’aura pas été vain. (Les passages relus des ouvrages cités font frémir l’accumulation massive qui reconnaîtra quelque sujet à.) La navigation à laquelle le poète s’adonne pour distraire sa concentration rêveuse qui nécessite quelque détournement distractif régulier afin d’affûter ladite concentration rêveuse, la navigation mène au mot « ravauder » (dans le Trésor de la Langue Française en ligne, http://atilf.atilf.fr/tlf.htm) :
B. Vx. Fouiller, rechercher dans. Nous ravaudâmes les vingt-cinq collèges, les bibliothèques, les tableaux, le muséum, le Jardin des Plantes (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 251).
Et par de jouissives voies de conséquence, le verbe mène au substantif « Ravaudage » :
B. Au fig. Ouvrage fait de compilations diverses plus ou moins bien assemblées. Le récit de Rabelais, intitulé: Grandes et inestimables chroniques, n'est qu'un ravaudage de facéties traditionnelles et dès longtemps populaires (A. FRANCE, Rabelais, 1909, p. 36).
REM. Ravauderie, subst. fém., rare. Bavardage futile, ouvrage fait de pièces et de morceaux. Mon ami, je suis l'incorrigible, celui qui vous chargera éternellement du mécontentement (...) qu'il a de lui-même, de toutes choses et quibusdam aliis. N'êtes-vous point excédé de ces ravauderies d'une humeur que rien n'apaise? (M. DE GUÉRIN, Corresp., 1838, p. 355).
Défense de l’idée certaine tournant en ferme intention parce que conviction du plaisir à penser et agir ainsi le poème et sur le poème à fabriquer que : poèmes ravaudés : faits de morceaux épars plus ou moins bien assemblés, « sur quoi je vous dirai un grand secret, & puis l’autre c’est que vous ne trouverez point en ceci que truandage de folle doctrine qui n’apporte point à dîner. » (Beroalde de Verville, Le Moyen de parvenir, in « Vidimus »)
vendredi 2 septembre 2011
Le 17 mai 2011, être insatisfait de soi-écrivant donne du souffle : l’énergie du désespoir (de ne jamais atteindre la sérénité) ; qui emporte ; qui s’auto-alimente ; qui se cultive ; et fortifie.
Le 18 mai 2011, écrire, aller chercher sa présence ; ne pas attendre passivement.
Le 19 mai 2011, écrire sous la dictée de XXXL, sous inspiration, dénonce ceux-là qui ont placé le cou SOUS le joug, ceux qui ont choisi de subir par fatigue d’avance, ceux qui se résignent. La rêverie concentrée sur la matière verbale relève d’une volonté de découverte, ce que le langage contient de richesses, et l’avancée volontaire est elle-même puisement dans le bel inconnu. Le travail créateur pose la pensée en avant, l’inspiration dénie la pensée ( : « on me pense » ?), néantifiée. (Ces notes sont brouillonnes, mais tentent d’organiser en Tout les fragments pensifs. L’HOMME PENSIF EST UN HOMME ACTIF…)
mercredi 31 août 2011
samedi 20 août 2011
Le 11 mai 2011, dans la revue Cahier Critique de Poésie n°21, Jean Daive questionne Bernard Noël : « Peut-être qu’un écrivain ne dit pas suffisamment qu’il ne comprend pas toujours ce qu’il écrit », à quoi Bernard Noël répond : « J’ai le sentiment que, dès le départ, un trajet, une forme, un trajet et une forme définissent un espace à parcourir, et que, cet espace, je ne le connaîtrai jamais. Parce que l’ayant parcouru, à la fin, je n’en saurais pas plus sur la nécessité qu’a créée l’appelant qui me poussait à faire ce trajet ? L’appelant, c’est la première phrase et cette première phrase, pourquoi tout à coup, m’apparaît-elle comme la bonne ? Je n’en sais trop rien. Mais je sais qu’à partir du moment où la première phrase… la bonne première phrase… est posée, le trajet va se développer de manière autonome par rapport à ma volonté. Ma seule volonté est de m’obstiner à aller jusqu’au bout, mais je ne mesure ni la distance à parcourir, ni les accidents qui vont survenir. » Bernard Noël semble obéir (ou répondre ?) à une impulsion qui l’attrait vers l’avant, et l’aventure humaine que représente cet espace à parcourir est un espace en-dedans. La main qui va et file, tente de rester près de la voix, la main trace sur l’espace une voix, la main, celle-là même qui fait (bricole, jardine, laboure, cuisine ou fait la vaisselle, chatouille, caresse ou fait jouir). Le poète est sous tension, entre l’espace mental et le concret de la page, entre le perçu et le sachant, homo concretus, le poète doit saisir et faire, ayant fait bouger les dépôts accumulés dans la mémoire consciente en conflit permanent avec la mémoire inconsciente ; le poète s’échine à verser la part inconsciente dans la réalité consciente, pour cela que poème est fruit d’un labeur. Ce que Bernard Noël nomme « espace » (à parcourir) est un champ de bataille, et cette première phrase, on pourrait bien la nommer, quant est d’elle, l’attaque ; le geste soudain portant fruit d’une longue et patiente accumulation de forces vives, alliance parfaite du corps et de l’esprit, intuition travaillée par le corps, lui-même au travail, quand bien même au repos, le corps est en activité permanente et alimente l’esprit. Travail de poète est l’écoute des langages, et leur retranscription minutieuse ; une œuvre d’art ne peut venir d’un ailleurs-mystère ; le mystère de chacun est la part inconsciente agissante. Le capital accumulé dont parle Nietzsche l’est dans l’inconscient ; l’inconscient, ce vide plein. Le poète a l’intuition de cette accumulation, de cette présence active, « dans tout le corps prend place une forme de harangue vide mais déjà de plus en plus rythmée. L’art prolonge une certaine santé, curiosité, vitalité, bonnes conditions physiques, effervescence et fredon intérieur, compulsions qui cherchent à s’extérioriser mais déjà fortement cadencées dans le corps. Un corps immobile “animé”. Pensée, expression sont liées à cette énergie sans objet qui traverse un corps non affamé, non douloureux etc. C’est la faim de celui qui n’a plus faim (la chasse à vide, la voracité sans victime). C’est le bien-être ou ce pouls de vie et de sang qui visitent la tête et s’amassent sous forme de séquences linguistiques et se pressent rythmiquement jusqu’à l’extériorisation », écrit Pascal Quignard (Petits traités I, « La gorge égorgée ») Inspiration est soumission, insupportable idée du poète obéissant et écrivant sa petite dictée pseudo-divine, insupportable idée de soumission acceptée : le poète travaille la propension humaine et partagée à l’obéissance rassurante. Le corps est la phrase-attaque, attirance intuitive vers l’inconsciente accumulation ; un travail du corps dans le corps opère alors ; il importe au poète de mettre en raisonnement l’intuition… « à l’intérieur de moi un rets difficilement extricable, obscur entre les liens que les nœuds enchevêtrent, et une petite hache de cérémonie. Et hors de moi nulle création » (Pascal Quignard, op.cit, « Le misologue ») ; le poème est un rendu de tentative de raisonnement.
samedi 13 août 2011
DE L’ÉNERGIE
Dont provient l’énergie renouvelante de poursuivre avant-toujours comme un signe avant-coureur et de sur-vivre dans la cellule infinie de l’impuissance du sous-vivre où tous souffrent en sous-fifres de la morne incuriosité ce qui par là rythme et vigoureusement la puissance et volonté créatrice de faire et défaire et refaire et redéfaire et dérefaire à l’envie, avec insistance, au plus haut, en force, et à quelle source cette énergie se puise-t-elle si ce n’est donc dans sa propre fatigue comme la face du pile d’énergie —
jeudi 4 août 2011
Et reprend sa marche
Et reprend sa marche sur un sentier qui tantôt traverse la forêt, tantôt des prés, qui se transforme en petite route parfois, les yeux provoquant plusieurs éblouissements, un peu au hasard, sans suivre les chemins balisés, avec la carte I.G.N. néanmoins, et sans oublier l’idée d’intensité en suspens, les genêts éclatent, on va dire comme ça, d’un jaune… éclatant, on va continuer comme ça, et l’absence de tout être humain durant le cheminement du corps et de l’esprit pendant les trois heures marcheuses ne sera pas sans provoquer quelque bien-être, du moins quelque adoucissement grandiose de l’humeur, chez l’atrabile poète dont les jambes se sentent légères, porteuses d’aucune fatigue ni d’aucune lassitude ou lourdeur, de fait, idéalement favorables à transmettre au reste du corps et à l’esprit encore l’heureuse disposition à porter les pensées légères du poète qui s’étonne, à ce moment où il questionne lesdites pensées légères afin de mieux voir ce qu’elles ont derrière la pensée, s’étonne de voir surgir d’entre les arbres d’étranges créatures très-hautes sur pattes, élégamment figées dans la surprise de le croiser et qui ne sont d’autres que des cabanes ; des cabanes perchées sur des arbres (dont il apprendra plus tard qu’on les nomme les Cabanes de Labrousse (voyez internet pour plus d’explications)). Ainsidoncques, la circulation du sang aura été nettement favorisée, le sang aura fluidement irrigué le cerveau du souffle régulier de la marche ; bonne énergie ; non pas consumée immédiatement ; mais de l’énergie lente, comme on dit des sucres lents, pour les écritures à venir ; ainsi la marche s’achève, le poète glisse dans le réel ardéchois sans entraves. Le soir, chez J. et M., il sera fait ripailles de caillette ardéchoise (aux épinards/aux herbes/aux châtaignes/aux bolets), de graton, de cailles et d’aubergines, avec vin d’Ardèche pour favoriser le plaisir vers des voies supérieures, et, le hasard amuse, l’un des invités de J. et M., Fr., porte un tee-shirt sur lequel est écrit, et on fait bien ce qu’on veut des signes qu’on remarque et déduit comme tels par la plus simple coïncidence dont nul n’aurait remarqué qu’elle fût, si l’objet du travail du poète n’eût été autre que la notion d’inspiration, et le lecteur pourra alléguer un travail de fiction, puisqu’est travail a posteriori celui de la mémoire, requalification du réel, rimagination de l’événement, or que nenni-da, cela était ré-el-le-ment, que Fr. portait un tee-shirt à manches courtes sur lequel était imprimé :
BE
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